… je le rendrai ce soir, à minuit. Je l’ai écrit pour mon séminaire à la Woodrow Wilson School intitulé “Inequalities” (oui, c’est large comme sujet), et je le remettrai à Nannerl O. Keohane qui a enseigné le séminaire ce semestre. On a discuté ensemble de ce sur quoi il serait intéressant que j’écrive (elle peut tout à fait se permettre de recevoir tous ses élèves une heure, comme nous somme une petite dizaine) et nous avons conclu que j’allais essayer de définir ce qu’est le “Third Wave Feminism” : comprendre la troisième génération (ou “vague”) de féministes.
En effet, Nannerl est une figure importante du féminisme américain, elle a notamment présidé le Wellesley College (prestigieuse université américaines de filles) et Duke University, et ayant plusieurs fois entendu le terme “third wave feminism”, elle a toutefois des hésitations quant à ce que cela recouvre précisément. Pour ma part, ayant vingt ans, je suis sensée faire partie de la nouvelle générations de féministes et je n’ai qu’une idée tout à fait floue de ce que peut bien signifier cette troisième vague.
Pour m’aider à finir le papier, je viens d’écrire à une amie féministe et qui étudie à Barnard (le College de fille accolé à Columbia) ce que je compte dire dedans, en très bref et en très grossièrement formulé afin d’obtenir son avis… Je vous fait partager ?
“Dans les années 90, y’a des médias un peu cons qui ont commencé à dire que le féminisme était mort. Y’a des meufs un peu agitées qui ont dit : “mais non ! c’est pas vrai ! on est là ! on est la 3rd wave” ! Elles ont expliqué qu’elles n’étaient pas comme les postféministes, qui elles étaient juste des conservatrices ressemblant à des pouffes. Elles ont écrit des blogs partout, dit qu’elles étaient multiculturelles, trans, multireligions, elles ont utilisé la culture de masse pour communiquer leurs idées. Puis elles se sont mis à écrire des anthologies de la 3rd wave. Là, la 2nd wave a dit : “ça déconne complètement, ça c’est juste du bullshit sur votre vie sexuelle. Nous on aime pas trop les blog, on préfère les universités”. Là les 3rd wave on dit : “bah ouais mais du coup vous êtes des vieux croutons qui ne parlez qu’aux 50 meufs-déjà-convaincues qui s’inscrivent dans vos cours”. Elles se sont un peu tapées dessus, en mode conflit intergénérationnel. Par ailleurs, quand on demande aux meufs qui ont 20 ans aujourd’hui et qui se déclarent féministes, elles disent que la 3rd wave, franchement elles voient pas bien le concept. Morale de l’histoire : c’était bien cool de dire qu’en fait le féministe n’est pas mort, qu’on a le droit de porter des talons, de changer de sexe, d’être noire ou bleu, qu’on kiffe les vibromasseurs, que les blogs c’est cool, mais là il va falloir se concentrer un peu et bosser avec les vieilles de la 2nd wave pour établir un programme pour le 21ème siècle qui soit un peu plus précis. Note personnelle: tout personne qui parle d’une 4th wave a pété une durite. D’abord on essaye de donner un peu plus de sens à la 3rd wave, et surtout de faire comprendre aux autres de quoi on parle.”
… Pas d’angoisse, ce n’est pas comme ça que c’est formulé dans le papier, et oui j’ai fait trois parties, une intro, une conclusion (et même une longue, longue bibliographie). Mais c’est quand même tout à fait ça que je dis dedans !
Je retourne au travail mais vous donne quand même deux liens au cas où vous ne savez pas quoi faire de vos dix prochaines minutes (ça peut arriver, non?):
- la page Wikipédia de Nannerl, qui donne un bon aperçu de la chance qu’on peut avoir à Princeton d’avoir des professeurs aussi qualifiés et aussi disponibles pour nous… C’est ici.
- le blog de feministing, qui est sensé être le blog n°1 de cette troisième vague de féminisme. Je le consulte régulièrement, on y trouve souvent des articles vraiment intéressants (et assez drôle je dois admettre).
Et évidemment, si vous voulez plus de détails à ce sujet, vous m’envoyez un mail auquel je serai ravie de répondre !
