
Si je continue à vous raconter les cupcakes et les matchs de quiddich, le doute va très vite planer sur le sérieux de mon année d’échange… Je vous avais promis un petit aperçu des cours que je prends ici, le voilà ! Nous sommes à mi-semestre, mieux vaut tard que jamais… Je suis en tout inscrite à 4 cours, ce qui me fait 16 heures d’enseignement par semaine. Une charge normale aux Etats-Unis, où l’on a par ailleurs beaucoup plus de travail à la maison qu’en classe…
PSY101 – Introduction to Psychology. Sûrement un de mes cours les plus drôles – je l’ai pris pour le prof., Daniel Oppenheimer. Les cours intitulés « 101 » sont les introductions rigoureuses – c’est-à-dire les introductions pour ceux qui veulent continuer à faire de la psychologie, c’est là où on apprend toutes les bases. Il y a aussi d’autres types de cours introductifs, un peu moins denses, car tous les élèves ont des « requirements », des enseignements obligatoires à sélectionner dans un groupe de cours même si ce n’est pas là où ils veulent se spécialiser. Un cours de psychologie aux Etats-Unis n’a rien à voir avec l’idée que l’on s’en fait en France : c’est une matière très sérieuse où l’on fait aussi de la neurobiologie, où l’on passe son temps à apprendre le nom des parties de cerveaux et de ses processus de fonctionnement, etc. Le prof fait de son mieux pour rendre tout ça très drôle, ce qui fait que c’est le show permanent. A notre dernier cours sur l’apprentissage, il avait distribué des sucettes à tout l’amphithéâtre et nous ne devions la manger que lorsqu’il disait Pavlov… J’ai la chance d’être aussi dans son « precept » (comprendre : classe de travaux dirigés, ou conférence de méthode, bref, classe en effectif restreint) et cette semaine là il nous a amené un chien et ses croquettes préférées. Notre mission : lui apprendre à serrer la pince par un « conditionnement opérant ». Bref, c’est un cours passionnant et à hurler de rire…
ARA 101 – Elementary Arabic – donc maintenant vous savez que « 101 » est forcément un cours d’introduction, et celui là est celui du département d’arabe. Ici, on ne rigole pas avec l’enseignement des langues : j’ai une heure d’arabe tous les matins, des devoirs tous les soirs, et un cours de conversation par semaine. Mon prof est aussi arabe que moi saoudienne, mais il est très sympa et lui aussi a décidé de miser gros sur la pédagogie. Un exemple (spoiler* : ça ne va peut-être pas vous faire rire) : en arabe, le verbe « être » est implicite, pour dire « ma mère est belle », on dit « ma mère belle » - cela dit, il faut tout de même savoir où être tombe, c’est ce que mon prof appelle le Bill Clinton problem : we need to know where is is – tout cela parce que dans l’affaire Lewinski, Clinton avait dit « it depends on what the meaning of is is ». Donc mon prof passe son temps à nous montrer des phrases en arabe et à nous demander où est Bill Clinton. Vous suivez toujours ? Autre exemple : le contenu de nos interros est décidé par le département d’arabe, pas par mon prof, et lorsqu’il les trouve difficiles, il nous apport des donuts pendant nos examens pour nous donner du courage (si, si). Résultat : mon arabe avance pas mal !
WWS 312 Psychology of decision-making and Judgment - « WWS », ce sont les initiales de la très chic Woodrow Wilson School of Public and International Affairs. Le n°312 est un des cours les plus réputés, mais pour l’instant je ne le trouve pas transcendant… L’idée est de nous montrer que nous ne sommes pas des agents rationnels, que nous faisons beaucoup d’erreurs de jugements prévisibles et que cela a un impact sérieux sur les affaires publiques. En bref, c’est un cours où l’on vous demande de répondre à des questions et où l’on vous montre que votre réponse était stupide. Pour l’instant, on ne sait pas bien comment résoudre ce problème, mais j’espère bien que c’est l’objet du 2nd semestre. C’est aussi un cours pour lequel on utilise un peu de statistique, ce qui me permet de me rendre compte de combien les maths sont présentes dans toutes les sciences sociales aux Etats-Unis, de la psycho à la politique en passant par la socio ( = mauvaise nouvelle pour moi, mais je vais en profiter pour m’y remettre…). Charge de travail : pas excessive, mais quand même un devoir et quelques articles à lire par semaine.
WWS 451 Seminar : Internet & The Public Policy. Le numéro a monté… et le niveau du cours avec. Comme c’est un séminaire, nous sommes huit élèves pour deux professeurs : un rêve ! D’autant qu’il s’agit d’un sociologue éminent, Paul DiMaggio, et d’un expert dans les « computer sciences », David Dobkin. J’ai ignoré le fait qu’il faille être compétent en computer sciences pour prendre ce cours (Whatever ! I use Facebook, I blog !), ce qui fait que parfois je m’emmêle un peu les pinceaux dans les ondes ou les protocoles FTP, mais le jeu en vaut la chandelle. J’ai environ 350 pages à lire d’une semaine sur l’autre, mais là encore, ça en vaut le coup, c’est extrêmement intéressant. Je dois ensuite écrire un petit article sur les lectures sur le blog de la classe, et commenter sur un des articles des autres. A la fin du semestre, je rendrai un article d’une vingtaine de pages sur un sujet de mon choix – pour l’instant, une comparaison des politiques gouvernementales américaines et françaises destinées à réduire le fossé numérique. Le genre de choses dont on parle ? Les enjeux de propriété intellectuelle sur Internet, les caractéristiques du business model de Google, EBay, ou Amazon, les enjeux de protection de vie privée, etc.
* Spoiler, de « to spoil » (gâcher) : un spoiler est quelque chose que l’on dit avant une blague pour s’excuser par avance si elle n’est pas drôle, ou avant une intervention pour s’excuser si elle n’est pas bien – bref c’est un court moment d’humilité avant un exercice compliqué, qui est notamment pratiqué dans les discours politiques !