

Chers amis,
Merci d’avoir si gentiment suivi les péripérities princetoniennes. J’ai quitté le campus mais ai décidé que finalement, blogger, c’était plutôt chouette… donc aucune bonne raison d’arrêter. Promis, je vais faire des efforts pour écrire un peu plus régulièrement.
Le nouveau blog est ici : http://camillesnotebook.tumblr.com/
Par contre… il est en anglais. Mais j’ai trouvé un moyen d’ouvrir les commentaires sur tous les posts sur le nouveau blog, comme ça vous pouvez râler à souhait !
A très vite.
- C.
PS : Programme du voyage. Je suis cet été à Seattle, puis je rentre un an en France, et je repars pour un an à Columbia, NY. Le nouveau blog est donc moins descriptif, mais c’est plutôt des petits billets sur des trucs qui me passent par la tête, et je mettrais sans doute plus de vidéos / de photos.
… je le rendrai ce soir, à minuit. Je l’ai écrit pour mon séminaire à la Woodrow Wilson School intitulé “Inequalities” (oui, c’est large comme sujet), et je le remettrai à Nannerl O. Keohane qui a enseigné le séminaire ce semestre. On a discuté ensemble de ce sur quoi il serait intéressant que j’écrive (elle peut tout à fait se permettre de recevoir tous ses élèves une heure, comme nous somme une petite dizaine) et nous avons conclu que j’allais essayer de définir ce qu’est le “Third Wave Feminism” : comprendre la troisième génération (ou “vague”) de féministes.
En effet, Nannerl est une figure importante du féminisme américain, elle a notamment présidé le Wellesley College (prestigieuse université américaines de filles) et Duke University, et ayant plusieurs fois entendu le terme “third wave feminism”, elle a toutefois des hésitations quant à ce que cela recouvre précisément. Pour ma part, ayant vingt ans, je suis sensée faire partie de la nouvelle générations de féministes et je n’ai qu’une idée tout à fait floue de ce que peut bien signifier cette troisième vague.
Pour m’aider à finir le papier, je viens d’écrire à une amie féministe et qui étudie à Barnard (le College de fille accolé à Columbia) ce que je compte dire dedans, en très bref et en très grossièrement formulé afin d’obtenir son avis… Je vous fait partager ?
“Dans les années 90, y’a des médias un peu cons qui ont commencé à dire que le féminisme était mort. Y’a des meufs un peu agitées qui ont dit : “mais non ! c’est pas vrai ! on est là ! on est la 3rd wave” ! Elles ont expliqué qu’elles n’étaient pas comme les postféministes, qui elles étaient juste des conservatrices ressemblant à des pouffes. Elles ont écrit des blogs partout, dit qu’elles étaient multiculturelles, trans, multireligions, elles ont utilisé la culture de masse pour communiquer leurs idées. Puis elles se sont mis à écrire des anthologies de la 3rd wave. Là, la 2nd wave a dit : “ça déconne complètement, ça c’est juste du bullshit sur votre vie sexuelle. Nous on aime pas trop les blog, on préfère les universités”. Là les 3rd wave on dit : “bah ouais mais du coup vous êtes des vieux croutons qui ne parlez qu’aux 50 meufs-déjà-convaincues qui s’inscrivent dans vos cours”. Elles se sont un peu tapées dessus, en mode conflit intergénérationnel. Par ailleurs, quand on demande aux meufs qui ont 20 ans aujourd’hui et qui se déclarent féministes, elles disent que la 3rd wave, franchement elles voient pas bien le concept. Morale de l’histoire : c’était bien cool de dire qu’en fait le féministe n’est pas mort, qu’on a le droit de porter des talons, de changer de sexe, d’être noire ou bleu, qu’on kiffe les vibromasseurs, que les blogs c’est cool, mais là il va falloir se concentrer un peu et bosser avec les vieilles de la 2nd wave pour établir un programme pour le 21ème siècle qui soit un peu plus précis. Note personnelle: tout personne qui parle d’une 4th wave a pété une durite. D’abord on essaye de donner un peu plus de sens à la 3rd wave, et surtout de faire comprendre aux autres de quoi on parle.”
… Pas d’angoisse, ce n’est pas comme ça que c’est formulé dans le papier, et oui j’ai fait trois parties, une intro, une conclusion (et même une longue, longue bibliographie). Mais c’est quand même tout à fait ça que je dis dedans !
Je retourne au travail mais vous donne quand même deux liens au cas où vous ne savez pas quoi faire de vos dix prochaines minutes (ça peut arriver, non?):
- la page Wikipédia de Nannerl, qui donne un bon aperçu de la chance qu’on peut avoir à Princeton d’avoir des professeurs aussi qualifiés et aussi disponibles pour nous… C’est ici.
- le blog de feministing, qui est sensé être le blog n°1 de cette troisième vague de féminisme. Je le consulte régulièrement, on y trouve souvent des articles vraiment intéressants (et assez drôle je dois admettre).
Et évidemment, si vous voulez plus de détails à ce sujet, vous m’envoyez un mail auquel je serai ravie de répondre !

L’Echange (2)
… Et voilà la deuxième !
L’Echange (2)
C’est grand chic Princeton… Il y a deux vidéos sur YouTube de la pièce, déjà ! Voilà la première…
Voilà quelques photos choisies de la dernière pièce que nous venons de monter avec le French Theater Workshop de Princeton, L’Avant Scène (http://www.princeton.edu/~ftw/).
Nous avons joué L’Echange de Paul Claudel, dans un très bel endroit sur le campus, un amphithéatre à l’extérieur d’un des collèges résidentiels, “comme à Avignon”, dixit notre metteur en scène. C’est donc la dernière pièce que je joue cette année à Princeton, après L’Avare de Molière, Les Monologues du Vagin d’Eve Ansler, L’Illusion Comique de Corneille, une scène de Bérénice de Racine, une scène du Dindon de Feydeau, une scène de Roberto Zucco de Koltès… et enfin, L’Echange de Claudel. Oui, ça fait beaucoup de théâtre !
La semaine des “midterms“, ou examens de mi-semestre, s’achève enfin et le campus respire ! Petit exemple qui illustre bien l’ambiance de la semaine : les bibliothèques et espaces communs sont ouverts 24h/24 et les “study breaks“ (comprendre : les pauses pendant lesquels on s’arrête de travailler et où sert des gâteaux et du café) ont lieu à deux heures du matin. Le message est clair : toute personne qui se couche avant n’a pas vraiment compris le concept de la semaine de révision, et comme on vous sert du café pendant le study break, ça ne vous met pas non plus dans l’ambiance pour vous coucher après.
Bref, pour fêter les vacances (une semaine de “Spring Break“), j’ai rejoint mon ami Véda à la “International Food Cooperation“.
J’ai reçu deux réactions sur les Eating Clubs qui disaient : mais comment un truc aussi absurde est-il possible ? Il faut que je rende justice à ce campus et que je vous parle des “Food Coops“, une autre idée des étudiants de Princeton pour partager leurs repas. L’idée de la “coop“ est plus simple que celle des Eating Clubs : ce sont des étudiants qui s’associent entre eux pour se faire la cuisine tour à tour. L’Université leur met un local à disposition (dont je vous écrit en direct, c’est pas beau ça ?), avec une cuisine et une petite salle à manger (charmant local, joliment joliment décoré par les membres de la coopération). Chacun contribue financièrement et se répartit à la fois les tâches ménagères (faire les courses, faire les inventaires, nettoyer la cuisine, etc.) et les repas à préparer (par équipe de deux).
Il n’existe pour l’instant que 3 “coops“ à Princeton, celle des végétariens, celle de Brown (un des bâtiments) et celle des internationaux. Les 36 membres de l’International Food Coop paient 700$ par semestre, ce qui fait de l’IFC le moyen le plus économique de prendre ses repas à Princeton (presque dix fois moins cher que les Eating Clubs, c.f. article précédent). Chacun a une paire de clés et peut passer au local quand bon lui semble pour grignoter un bout. Chacun se sert dans les provisions pour le petit déjeuner et pour le déjeuner, et tous les soirs un tandem est chargé de préparer le dîner. Ce qui est particulièrement sympa, c’est que les membres de la coop viennent des quatre coins du monde (bien qu’il y ai aussi des américains - la coop est ouverte à tous) et qu’en conséquence le menu change de tradition culinaire tous les soirs ! Tout ça a fini par attirer l’attention sur ces petites organisations : aujourd’hui, l’édito du Daily Princetonian est consacré aux Food Coops et demande à l’Université d’encourager la création de nouvelles Coops du fait du succès des trois premières !
Sur ce, je retourne à mon pain (eh oui, Véda a réussi à me faire faire du pain… je vous promet que si ça ressemble à quelque chose, j’en poste une photo sur le blog).
Bises du New-Jersey, que je quitte demain pour m’envoler vers Seattle avant d’aller voir San Francisco !
More about that :
http://www.princeton.edu/odus/living/coops/ est le site de Princeton qui décrit les 3 coops.
http://theifc.wordpress.com/ est le blog de la International Food Coop.
http://www.dailyprincetonian.com/2010/03/12/25511/ est l’article dans le Prince d’aujourd’hui
J’ai tenu jusqu’en février sans vous dire un mot des Eating Clubs, et puis 2010 est arrivé et j’ai décidé de vous briefer un peu sur cette étrangeté Princetonienne. Il faut dire que toute la Ivy League se fout de nous avec ça, et que ça nourrit la littérature étudiante depuis fort longtemps (parfois pour le meilleur : voire This Side of Paradise de Fitzgerald, qui raconte un parcours princetonien).
Mais what is that, un Eating Club ? Ce sont 10 institutions dont les membres sont des élèves de Princeton, alignées côte à côte sur “Prospect Street”, dans le campus.
Il semble que l’histoire des Eating Clubs remonte à quand l’université n’avait pas de réfectoire, de cantine, de “dining hall”, appelez ça comme vous voulez. Des groupes d’étudiants se sont associés pour acheter de très jolies maisons et engager des cuisiniers (rappel : Princeton est et a toujours été un endroit assez chic). Ils prenaient donc leur repas en commun, trois fois par jour, et décidaient ensemble de qui avait le droit de rejoindre leur cercle. Et tant qu’à faire, puisqu’ils avaient acheté ces baraques, ils organisaient des soirées dedans le soir. Un peu comme les fraternités / sororités, mais pas tout à fait, puisque seuls les quelques “officers” (3 ou quatre membres sur une centaine de membres par club, ou plus) habitent dans les Eating Clubs.
L’université s’est ensuite dôtée d’un système de collèges résidentiels, initié par Woodrow Wilson quand il était Président de Princeton, qui permet aux étudiants d’être logés et de prendre leur repas dans une des 6 maisons (si le concept vous paraît obscur, jetez un oeil dans Harry Potter, c’est exactement la même chose. D’ailleurs je trouve que ma “maison” a des allures de Gryffondor, avec son lion pour emblême…). Il en fallait un peu plus pour chasser les Eating Clubs qui sont restés exactement au même endroit, et pour faire exactement la même chose.
L’Université n’a jamais vraiment apprécié ces institutions : elle estime qu’elles créent des tensions et des divisions parmi les étudiants et que leurs méthodes de recrutement sont très contestables. Par ailleurs, alors que la consommation d’alcool est interdite aux moins de 21 ans (ne riez pas – la règle est très strictement appliquée dans tous les bars et les restaurants), c’est dans les Eating Clubs que ces étudiants s’en vengent en ingurgitant en masse de la bière de mauvaise qualité, de la vodka bon marché, et autres brevages de campus. L’infirmerie les récupère dans des états proche de l’Ohio, mais il n’y a rien à faire : les Eating Clubs sont des endroits privés, ce sont les élèves qui possèdent leurs bâtiment, et l’Université ne peut y pénétrer pour y appliquer ses règles !
Vu du côté des élèves, les Eating Clubs servent à tracer une carte sociale d’une précision d’orfèvre. Chacune des dix institutions pose une étiquette sur ses membres – et lorsque l’on rejoint un Eating Club, on en est membre à vie. Les gens qui veulent faire “chic” et les enfants de bonne famille sont à “Ivy” ; la faune est plus artistique, plus bobo et plus détendue à “Terrace” ; à “Tower”, on aime bien s’écouter parler, on fait généralement aussi du théâtre ou on appartient à un club de débat ; à “Charter”, on est un peu geek, on fait de l’informatique ou des maths ; à “Tiger Inn” (TI), on est un athlète déluré qui aime jeter de la bière partout ; à “Cottage”, on vient souvent du Sud des Etats-Unis, on est athlète mais plus chic qu’à TI ou on est une “belle du Sud” ; à “Colonial” on est indien (je n’invente rien!) ou chinois, etc. Ces étiquettes structurent la vie sociale du campus, et beaucoup d’autres groupes leur sont liés : ainsi tel groupe de danse ou de chant à cappella sera très lié à tel club, certains groupement politiques sont aussi plus ou moins “affiliés” (les LGBT et les féministes sont majoritairement à Terrace, et on trouvera peu de democrates à Cottage, par exemple). Il y a aussi certaines sororités / fraternités qui font sas d’entrée pour certains clubs.
Là où le système devient vraiment pesant, c’est lors des soirées : certains clubs sont “sur pass” (leurs membres peuvent délivrer un petit pass coloré aux gens qu’ils souhaitent voir venir à la soirée), voir même “members only” (seuls les membres du club sont alors acceptés à la soirée). Deuxième rappel : Princeton est au fin fond du New Jersey, donc quand on veut sortir, il n’y a absolument pas d’autre choix que d’aller dans un des Eating Clubs… Le ballet des gens qui quémandent des pass le jeudi soir ou le samedi soir sur Prospect Street (que l’on se doit d’appeller “The Street”, sinon c’est la loose) est assez pathétique. J’ai vu de mes propres yeux une gamine de 17/18 ans montrer ses seins à un de mes amis pour qu’il lui donne un pass alors qu’on sortait d’Ivy ! Drôle de politique d’intégration…
Tout ça crée apparement beaucoup de frustrations dans le corps étudiant (ex. : si vous êtes une bande de 5 amis et que vous voulez aller à Tower alors que le club est sur pass et que vous n’avez réussi à récupérer que 4 pass, un de vous va aller se coucher avant les autres…). En tous cas assez de frustrations pour que la Présidente de l’Université, Shirley Tighlman, décide de créer un “Task Force”, sorte de cercle de réflexion composé d’élèves et de professeurs, chargé d’étudier les effets de ces Eating Clubs sur l’Université.
Premier coupable : le processus du “Biker”. (Si vous suivez toujours à ce point, mes félicitations. C’est un peu dur d’ingérer tous ces codes… Je me souviens quand je suis arrivée ici d’avoir un jour envoyé un texto à une amie pour lui demander où elle était. Sa réponse : “I’m on the street, in TI, but I’m going to Ivy ‘cause that’s the one I wanna biker!”. Panique.) Sur ces 10 clubs, 5 recrutent leurs membres en “sign-in”, il suffit de vouloir rejoindre le club, de payer et de signer un papier, et 5 par une procédure de “Biker”. On ne biker qu’une fois, le printemps de sa deuxième année, et surtout on ne biker qu’un seul club : s’il ne vous prend pas, tant pis pour vous, vous êtes sur le carreau. Les papiers du Task Force sur les Eating Clubs parlent d’une grande souffrance pour les élèves rejetés, de tentatives de suicide… tout ça nous paraît absolument absurde mais visiblement ici, “it’s kind of a big deal” comme on dit. Ce que vous devez faire lors du Biker dépend évidemment de l’endroit que vous voulez rejoindre : il va falloir montrer patte aristocrate chez Ivy lors de vos multiples “interviews”, et passer les épreuves de T.I. en ayant l’air d’un gros dur. (Si cela vous paraît très masculin, gardez en tête que la seule raison pour laquelle Ivy et T.I. acceptent désormais des membres féminins c’est parce qu’après un procès à ce sujet, la Cour Suprême leur en a fait l’injonction… en 1991 !). La rumeur dit que chez T.I., on peut vous demander de manger un poisson rouge vivant. Si vous êtes admis et que vous pensiez avoir passé le plus dur, il va falloir considérer les rites d’initiation. Certains font particulièrement scandale : par exemple, Ivy a gardé le rituel qui veut que les nouveaux membres mangent une huitre fraîche, vieille tradition antisémite du club, avant de monter l’escalier des lieux… nus. A Terrace, on l’on ne biker pas mais que l’on rejoint en “sign-in”, l’initiation implique toujours de la drogue. Parait-il que l’on peut ne pas manger l’huitre et refuser la drogue… Mais les drames post-refus dans les clubs témoignent de la pression sociale qu’ils génèrent ! Et comme dans tout film américain, il existe également un moyen de rejoindre les clubs en couchant avec un des officers (le Président du Club de preference)… c’est la “Third Floor Initiation”, ainsi nommée parce que la chambre du Président (et des autres “Officers”) est toujours au troisième étage.
Je pourrais continuer avec ce genre d’anecdotes mais je pense que vous commencez à voir l’idée. Dernier élément significatif : le Eating Club n’est pas bon marché ! Les frais annuels vont de 6 800 dollars (Terrace) à 8 260 dollars (Tower).
More to come sur ce sujet - je pense que je vais aller infiltrer le processus de “Biker”…
- C.
Le campus sous la neige !
